Luna Park: LE QUOTIDIEN

 

Luna Park de Lalla Setti : Entre choix touristique et polémique écologique

par Allal Bekkaï

http://www.lequotidien-oran.com/files/spacer.gifLors de sa dernière visite à Tlemcen en août dernier en perspective de la méga manifestation «Tlemcen: Capitale de la culture islamique 2011», la ministre de la Culture Mme Khalida Toumi, subjuguée par la beauté de la capitale des Zianides et son développement, reconnaîtra que «cette ville est devenue une métropole: en plus de la très belle nature dont elle dispose, elle s'est développée dans tous les secteurs. Tlemcen sera la perle de la culture islamique». Et comme toute capitale qui se respecte, Tlemcen a son Luna Park que la représentante du gouvernement a visité (de jour, ratant ainsi le spectacle féerique de Lalla Setti offrant un panorama « by night » de Tlemcen, ndlr) à cette occasion et où elle a eu à recenser dans ce cadre les structures d'accueil des délégations (complexe historique et maison de la nature), outre le parc d'attractions (lac artificiel, promontoire, tour d'observation). Sans oublier, thématique oblige, la qoubba de Lalla Setti qui prêta son nom au plateau d'abord et aujourd'hui au mégaparc de loisirs et de détente. 

Qui a eu l'idée de ce mégaprojet ? « C'est le wali hadj Abdelouahab Nouri. Il prit attache avec moi en août 2005 », nous confiera d'emblée le chef du bureau d'études Amadeus, M. Mohsen Abbès (un bureau de droit algérien appartenant à un groupe international spécialisé dans les solutions touristiques, dont la devise est « Economie et humanisme »), vers qui le DLEP nous a orienté et dont le bureau se trouve dans l'immeuble Lachachi, en face de l'ex-Transat, à Riat El-Hammar.
 

D'emblée, l'architecte, d'origine égyptienne, nous lancera avec passion: «Lalla Setti est unique en son genre tant du point de vue du site naturel que de celui de l'aménagement en termes de volumétrie et du nombre d'activités ».
 

Au titre de la réflexion sur l'aménagement du site, il est indiqué en guise de préambule : « Ce site naturel constitue pour les citoyens un véritable poumon vert en milieu urbanisé, leur permettant d'y trouver une vraie détente en famille, en dehors du trafic et des nuisances urbaines, un espace propice à la pratique de plusieurs activités : sport, loisirs, jogging, pétanque, minigolf, promenades... ». Selon le document élaboré par le dit bureau, l'aménagement en question vise à «préserver les zones naturelles contre l'urbanisation en tache d'huile et les nuisances existantes, à aménager le site en lui conservant son caractère naturel, tout en apportant les adaptations ou les améliorations nécessaires, à encourager le grand public à découvrir son environnement naturel et sensibiliser les jeunes générations au respect de la nature». La protection et la mise en valeur de cette zone naturelle, le développement harmonieux de cette partie sur le plan économique, social et touristique et l'amélioration du cadre de vie des habitants sont les autres objectifs assignés à ce projet, dont la problématique repose dans le contexte actuel sur « la manière de créer un aménagement en expliquant le processus logique qui sous-tend ce qui n'est finalement qu'une forme d'art éphémère ».
 

 L'approche (démarche) s'articule autour de 9 axes : le milieu (harmonie entre le site et son cadre naturel par l'intégration de formes organiques et fossiles), la forme (architecture première d'un site), la tendance (comment donner un sens au paysage créé), les reflets et dénivelés (comment modifier le relief existant), les sols et surfaces (textures et revêtements naturels), la structure (intégration des éléments architecturaux dans le paysage naturel), les plantations (choix des essences), les formes (mise en relief des quatre éléments fondamentaux : la terre, les plantes, les pierres et l'eau) et enfin les enrochements (une solution économique pour remplacer les murs de soutènements s'intégrant mal dans le site, coûteux et d'un aspect inesthétique). L'aménagement conçu par Amadeus repose en fait sur un ensemble de zones reliées entre elles et formant un cadre homogène. Il s'agit des zones de détente et de pique-nique ainsi que celles destinées aux enfants, aux prestations de services, à l'administration et à la direction. Cet ensemble génère un programme riche en activités dont la consistance est illustrée par un musée de la nature, un centre aéré pour enfants, des jeux de plein air, un minigolf, un terrain de pétanque, des pergolas, une table d'orientation (une sorte de rose des sables signalétique des sites et monuments), des fontaines, des sculptures et formes organiques, des boutiques de vente d'articles d'artisanat, la restauration (snack), des aires de pique-nique ainsi qu'une administration (office de gestion).
 

Grosso modo, l'aménagement du site de Lalla Setti (40.000 m2 environ, le plateau s'étendant sur une superficie de 74 ha) est structuré autour de 8 espaces qui sont le parc de la nature (forêt des Petits-Perdreaux), le lac artificiel (pédalos), le promontoire (balcon), le mirador (tour d'observation), le complexe sportif (stade d'athlétisme), le complexe historique de la wilaya V (Musée du moudjahid), la maison de la nature (parc national) et le siège de la sûreté urbaine ainsi que le téléphérique (station en amont). M. Mohsen Abbès nous apprendra que d'autres équipements socio-éducatifs seront injectés au niveau du site, à savoir un théâtre de verdure de 2,5 ha, comprenant une mosquée de 250 m2 (réalisée à titre de sponsoring par les entreprises engagées), une piscine semi-olympique couverte de 60 m2, un aquaparc (jeux aquatiques), un forum (marché forain « thématique » : livres, miel, produits agricoles, articles d'artisanat...), un théâtre de plein air (destiné aux enfants), un kiosque à musique. Par ailleurs, un autre projet de moindre envergure attend le bureau d'études Amadeus.
 

D'emblée, l'architecte, d'origine égyptienne, nous lancera avec passion: «Lalla Setti est unique en son genre tant du point de vue du site naturel que de celui de l'aménagement en termes de volumétrie et du nombre d'activités ».
 

Il s'agit de l'érection d'une statue équestre à l'« effigie » du roi zianide Youcef Abou Tachfine à l'entrée de la ville, à hauteur de le trémie éponyme, et la réalisation au niveau de ce secteur d'un parc de loisirs et de détente (restaurant, motel, bureau d'informations, espace handisports...) qui servira aussi de relai pour les visiteurs et les touristes (qui seront accueillis par l'hospitalier slogan «Tlemcen, ville d'art et d'histoire, vous souhaite la bienvenue»), nous indiquera notre interlocuteur.
 

Contrairement au projet de la faculté de médecine implanté au sein de la caserne Miloud, au coeur de la ville, qui avait provoqué dans les années 90 une levée de boucliers de la part de ce qui est appelé la société civile à travers la publication dans la presse (Le Quotidien d'Oran) d'une pétition et la saisine de la Présidence, le plan d'aménagement du plateau de Lalla Setti semble faire pratiquement l'unanimité et susciter l'admiration de la population, nonobstant quelques oppositions et critiques exprimées ici et là par certains.
 

A travers cette enquête, nous avons essayé d'établir un diagnostic de la situation à travers les divers sons de cloche, en recueillant les avis des uns et des autres, en écoutant aussi les échos de simples citoyens à l'égard de cette «mutation» géographique. «Quand j'ai été affecté à Tlemcen, le premier site qui attira mon attention, c'est bien le plateau de Lalla Setti. C'est un promontoire unique en son genre, qui n'existe nulle part à travers le territoire national : il vous offre un magnifique panorama de Tlemcen», nous confiera pour sa part un cadre de la DPAT. Et de surenchérir avec une note de narcissisme : « Même la wilaya de Relizane est en train de calquer mais en plat notre schéma ».

A la question de savoir qui est derrière la fameuse idée, notre interlocuteur nous expliquera qu'elle est le fruit d'un brainstorming. Interrogé sur la conception du plan en question, notre interlocuteur nous donnera le nom de Amadeus, un bureau d'études égyptien, en nous orientant vers la DLEP. Voulant savoir qui a pris cette initiative, le responsable de l'organisme précité, M. Asnouni, nous répondra sans hésiter: « C'est le wali qui a eu l'idée d'aménager le plateau. Cette idée germa à la faveur d'une visite privée du ministre Abdelaziz Belkhadem qui était en villégiature à la station balnéaire de Marsat Ben M'hidi... ». Le directeur de l'AADL de Aïn Témouchent, qui était dans son bureau, ne pouvait que se louer de cette initiative... « C'est un projet qui s'inscrit dans une vision globale, cohérente, d'autant que la population de Tlemcen entretient depuis des lustres un lien affectif avec Lalla Setti: ce n'est pas un site étranger pour ses habitants».
 

«Dire que c'est un aménagement tous azimuts relèverait du mensonge. Il est vrai que l'injection de certains équipements ne s'adapte pas à son environnement naturel... », nous dira d'emblée un aménageur auprès de l'ANAT (bloc administratif de Pasteur), qui a préféré garder l'anonymat (et du bureau duquel on peut voir le plateau où juche le mirador). Et de décrire ou plutôt de s'émerveiller devant cette falaise à partir de laquelle « c'est tout Tlemcen qui dégringole vers la nouvelle couronne urbaine... ».
 

Son collègue nous précisera pour sa part que ce projet a été réalisé sur la base d'un POS initié par un bureau d'études domicilié à Maghnia, en nous rappelant qu'il existait déjà un embryon d'aménagement initié dans les années 80. Evoquant dans ce sillage le projet du téléphérique du Grand Bassin connexe au plan d'aménagement, le premier cité nous apprendra que l'idée initiale était, socialisme oblige, de réaliser dans les années 70 cet équipement au niveau de la zone industrielle. A ce sujet, l'architecte de la restauration de la mosquée Sidi Brahim El-Masmoudi (inaugurée par le président de la République lors de sa dernière visite à Tlemcen), M. Benosman, citera le BECT relevant de l'APC qui élabora le premier plan datant de 1985. Concernant le plan d'aménagement, il nous apprendra qu'initialement, il était question d'un concours d'idées qui devait être lancé à l'intention des architectes mais qui a dû être annulé sine die. «C'est un chef d'oeuvre !», s'exclamera M. Boursane de l'URBAT, qui renchérira : «On a récupéré l'espace. On doit protéger le plateau contre les infiltrations ».
 

Le directeur du parc national, M. Kazi Saïd, qui a maintenant « sa » maison de la nature à Lalla Setti, commettra un plaidoyer « vert » en faveur du projet en question : « Les jardins, qui s'étendent sur environ 20 ha et qui seront opérationnels dans deux ou trois ans, donneront une image tout autre au plateau en accentuant sa verdure. Déjà notre « maison » abrite un jardin botanique de 7 ha». En écho, un écologiste, forestier de formation, trouve que « ces travaux ont perturbé l'ambiance (cynégétique) forestière ».
 

Un ancien journaliste, par ailleurs historien, fera remarquer que « le complexe historique de la wilaya V (Musée du moudjahid) aurait dû être érigé sur son site « naturel », à savoir les monts Asfour (ce projet aurait été délocalisé pour des raisons sécuritaires, ndlr). Quant à la maison de la nature, relevant du parc national, son architecture jure avec ce milieu naturel et aurait gagné à être calquée (ou abritée) sur les chalets du centre de vacances des Petits-Perdreaux (Sonelgaz) ».
 

A suivre  .....Suite et fin 

Et de prévenir dans ce sillage : «Il y a de sérieux risques sécuritaires par rapport au faubourg de Boudghène (5.000 âmes)...». 

A ce propos, une étude sur les risques naturels et le développement urbain accéléré dans le Grand Tlemcen, réalisée par M. Zoubir Amine, géologue (ex-cadre de l'ANAT) et publiée dans l'Atlas 2008 de l'environnement de la wilaya de Tlemcen (édité par l'ASPEWIT), selon laquelle «toute intervention humaine forte dans la zone localisée sur les piémonts du plateau de Lalla Setti risque de fragiliser la falaise et de provoquer les éboulis qui menaceraient les habitations situées en aval au niveau du quartier de Ouali Mustapha et de Boudghène». Justement, pour conjurer «le syndrome de la colline Moqattem» (éboulement tragique sur un bidonville du Caire survenu en août dernier), le dossier géophysique de la falaise est entre les mains du bureau d'études KAN, avec la supervision de la DTP, nous apprendra le cadre de la DPAT.
 

A cet effet, la falaise, longue de 1 km, a été confortée par des murs de soutènemen3t (injection de béton armé), nous indiquera M. Mohsen Abbès. Pour M. Brixi Réda, muséologue, directeur du musée, président de l'association des Amis du musée, il n'y a pas lieu de s'inquiéter à ce sujet car la friabilité de la roche n'apparaîtra que dans... 200 ans. «C'est un bon signe, ce parc d'attractions est une aubaine pour les femmes qui n'ont pas de loisirs», dira-t-il. Invité à donner son avis sur le sujet, un écologiste estime que «le projet aurait dû faire l'objet d'une réflexion approfondie, d'autant qu'il y a des priorités, en l'occurrence la vieille médina, où l'opération de pose de pavés «camoufle» la vétusté des réseaux d'AEP et d'assainissement, où certains habitants sont privés d'électricité au moment où des déperditions sont constatées au niveau de Lalla Setti et sur la route menant à l'aéroport de Zenata, ce qui contraste avec le régime des délestages imposé par la Sonelgaz».
 

Un chercheur spécialisé dans le domaine du patrimoine lâchera avec une note de fatalisme : «Tlemcen a maintenant son Luna Park à l'instar de Tivoli de Copenhague...», en ne manquant pas de faire allusion aux maux et vices qui pourraient résulter de ce «mode de consommation» (sic). Avant de déplorer néanmoins l'insuffisance de commodités en termes de lieux d'aisance pour les familles.
 

Un ancien membre actif (guide touristique) de l'ex-SIT déplore pour sa part la fréquentation anarchique du site qui serait due, selon lui, à l'incivisme de certains et le snobisme d'autres. «J'aurais préféré que Lalla Setti garde son visage naturel ; on aurait pu y apporter quelques aménagements, sans plus.
 

Ça ne me plaît pas, je suis très insatisfait. Il est vrai que Tlemcen a besoin de s'oxygéner mais on dénature le site et l'écotourisme n'y a pas sa place», nous dira un universitaire (archéologue).
 

Un membre de la société dite civile, médecin de son état, estime qu' «écologiquement, ce n'est pas viable : il fallait respecter la nature environnementale...». Avant de reconnaître que «du point de vue touristique, il n'y a rien à reprocher». A propos de tourisme, «pour moi, le plateau de Lalla Setti est pratiquement un poumon d'oxygène. C'est un site récréatif et touristique par excellence qui a accueilli des milliers de visiteurs cette saison estivale», s'enorgueillira le directeur du tourisme, M. Tedjini.
 

Un adepte du soufisme regrette non sans nostalgie qu' «on ne reconnaît plus Lalla Setti qui a perdu son charme naturel et son cachet spirituel». A ce propos, le directeur du bureau d'études Amadeus tient à préciser qu'il a été aménagé une «zone tampon» marquée par un rocher témoin et non une séparation entre le mausolée de Lalla Setti et le reste en guise de repère sacré afin de préparer psychologiquement le visiteur vers cette transition «du tourisme au soufisme» (bain temporel/spirituel).
 

Pour Hadj Lachachi Abdeslem, industriel, mécène et homme de culture, il adhère spontanément à la chose en soulignant que «c'est une initiative louable». Il indiquera qu'à Fès (Maroc) existe un site touristique similaire nommé le panorama des Mérinides. Abondant dans le même sens, un chauffeur de taxi, un intellectuel originaire de Aïn El-Hout, nous avouera que «depuis l'indépendance, on n'a pas vu un tel aménagement, c'est vraiment merveilleux».
 

Enfin, il convient de signaler que l'aménagement du plateau de Lalla Setti, initié pour une autorisation de programme de 200 millions de dinars et réalisé dans un délai de 8 mois, aura vu la mobilisation de... 134 entreprises, outre le téléphérique «annexe» doté d'une AP de 6,4 milliards de dinars et dont la réalisation est confiée au groupement SAPTA (Alger), LAB et Garaventa (Suisse).
 

Selon le DPAT M. Saïdi Tewfik, les trois stations (aval, intermédiaire et amont), respectivement du Grand Bassin, Sidi Chaker et Lalla Setti, seront achevées avant la fin du mois en cours (septembre), alors que le montage des cabines sera effectué à la mi-octobre (les équipements inhérents aux câbles et poteaux étant achevés à 100%).
 

Au fait, a-t-on pensé à la création d'un office de gestion du parc en question (et du téléphérique), à l'instar des biens culturels protégés (ONGEBCP) ? En attendant, c'est l'escarcelle de l'APC de Tlemcen qui est gracieusement renflouée par les entrées faramineuses du mégaparking (50 dinars) qui accueille les milliers de véhicules d'immatriculations diverses, notamment lors de la saison estivale et du Ramadhan.

 

 

Commentaires (2)

1. Benhassaine (site web) 08/02/2010

Bonjour, je recherche le directeur M. Kazi Saïd que j'ai rencontré sur le bateau en 1985.Mon N° de tel est le 0622906187 s'il peut me contacter à ce N° en France

2. Abderrezzak 21/03/2009

Apparemment tout semble beau
Sauf cette piscine SEMI - OLYPMIQUE DE.............60 m2 !!
12.5 m x 4m semi-olympique !! Norme à revoir il me semble !!

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